LA LUNE
Les nuages crémeux, ondulés,
Glissaient sur des patins.
La lune, simple et brune,
Fuyait, mutine, entre les pins.
Première heure du jour,
Elle luit, pâle, évanescente,
Dans un ciel translucide.
Le soleil s’impose, elle se dissout,
Et l’on voit ses dessous au miroir avide
S’éclipser vaporeux derrière ses paravents.
Ô mon impudique !
Qui rougit à la rousse,
Blondit parfois,
Timide, belle et présente,
Telle une parente
Que j’aimerais revoir
Tes dessins sans contours,
Esquissés, effacés,
Creusés dans ta marmite ;
Parfois l’on te visite et l’on fait des détours,
Des calculs insensés,
Pour mieux t’apprivoiser.
Ta distance glacée dans le ciel protecteur
Couvre tes pudeurs et ta beauté farouche.
Tu as tous les prénoms,
Tous les vents à tes trousses.
Un nuage te mousse pour te débarbouiller,
Jamais tu ne colères,
Sur tes draps de couleurs,
Unis ou chamarrés,
Au gré de tes humeurs
Et tes points de beauté.
Tu me montres le chemin,
Muette et impassible.
Mère de tous les humains,
Oiseaux, mammifères marins,
Et toute particule.
Tu veilles sur ton troupeau et jamais n’articule.
Parfois, tu me parlais au creux de mon cœur,
Enfumé de vapeurs, de tabacs enivrants.
Les pieds sur la dune,
J’ai balancé le temps.
Mélange d’éléments.
Soleil à l’envers se baignant sur la Terre.
Tu trempais tes pinceaux, assise sur un bateau.
Tu peignais l’avenir qui dans mon souvenir
Me semble incertain,
Si vaste et si tranquille,
Et tous ces imbéciles qui croisent mon chemin.
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